"Marie-toi et sois soumise" : rétro c’est trop ?

"Marie-toi et sois soumise" : rétro c’est trop ?

La Vie, 8 février 2016

L'hebdomadaire La Vie fait entendre son point de vue sur les deux best-sellers de Costanza Miriano :

La saint Valentin approche, ce moment de l’année où les magasins sortent en devanture des articles rose bonbon parsemés de petits cœurs… Rose bonbon, c’est aussi la couleur de la couverture du livre de Costanza Miriano qui agite les milieux féministe et catholique depuis Noël. Son titre : Marie-toi et sois soumise...

En vente depuis le 12 novembre dernier, le livre de la journaliste italienne a dépassé les 6000 exemplaires vendus cumulés avec les ventes de son alter ego masculin, Épouse-la et meurs pour elle. Tirés initialement à 7000 exemplaires pour Marie-toi, et 5000 pour Épouse-la, ils sont actuellement en cours de réimpression à hauteur de 5000 exemplaires chacun, annonce l’éditeur Hervé Beligné (Le Centurion).

Face à ce décompte prometteur, un autre chiffre s’impose : 23.380. C’est le nombre de signataires de la pétition qui demande l’interdiction de la vente de ces « brûlots nauséabonds » tout droit sortis de l’esprit malade d’une « catholique intégriste » à l’heure où « les patriarcats de toutes sortes menacent de refaire surface contre la libre disposition de nos corps, contre notre liberté sexuelle, contre nos identités plurielles ». A ce jour, la destinataire de la pétition, la Secrétaire d’Etat chargée des Droits des Femmes, Pascale Boistard, ne s’est toujours pas manifestée. En revanche, Costanza Miriano, elle, a répondu par une tribune intitulée « La France n’est pas en position de donner des leçons de liberté d’opinion » publiée d’abord en italien sur son blog, puis en français sur le site Aleteia le 20 janvier dernier.

Sur le web, les réactions ne se sont pas fait attendre. Le Comité de la jupe, mouvement féministe catholique, est monté au créneau dès le 3 décembre : la sœur Michèle Jeunet décerne à l’auteur « la jupe d’or du machisme ». Le Figaro Madame et Marie Claire se sont fait le relais de la pétition sur le web, fin décembre : « Un discours à peine croyable tant il nous paraît sorti d’une autre époque » (Marie Claire).
D’autres rédactions préfèrent insister sur l’aspect humoristique des deux livres. « C’est du brutal », reconnaît La Croix, qui n’emprunte cependant pas le chemin de la croisade contre les écrits de Costanza Miriano, désignée comme « une anti théorie du genre ». L'hebdomadaire Famille chrétienne y voit « le journal de Bridget Jones version catho ». Best seller en Italie (plus de 150.000 exemplaires vendus depuis 2013), le livre a aussi fait parler de lui en Espagne où la ministre de la santé a demandé son interdiction, en vain.

De la domination à la mansuétude
Que se cache-t-il réellement derrière le scandale ? Parsemé de références footballistiques à l'italienne, et d'anecdotes hilarantes pleines d'autodérision, ce livre n’en demeure pas moins fort de café dans les idées qu’il avance. Il s’agit d’abord d’une attaque en règle contre la « mauvaise pente » du féminisme actuel : « Le féminisme nous a eues : il a donné des femmes "tristes, fâchées, déçues, vexées, jalouses" et finalement "insupportables" ».
Selon la journaliste italienne, il faut « sortir de la logique de la revendication » et « arrêter de se plaindre », abandonner le registre de la domination pour entrer dans celui de la mansuétude. Costanza Miriano ancre son propos sur une observation sans appel : « L'augmentation vertigineuse des divorces, les femmes ayant remis en question les vieux équilibres – parfois avec raison – mais sans avoir su en proposer de nouveaux ». Mais derrière chaque coup de burin porté au marbre du féminisme, l’humour n’est jamais loin, si bien que le lecteur ne sait plus trop que penser : « Voilà, j’ai à nouveau utilisé mon ton de prédicateur télévisé », dit-elle entre deux références à Sex and the City. De fait, le texte vire parfois à la leçon de morale...

Le livre s’appuie également sur une forte conviction : hommes et femmes n’appartiennent pas à la même espèce. Les hommes sont souvent dépeints en ours des cavernes peu bavards. Quant aux femmes, leur nature profonde est de se donner, c’est là qu’elles trouveront leur bonheur, assure notre auteur.  Si bien que l’éditeur lui-même y voit volontiers la limite de son propos : « La limite de ce livre est dans sa tendance à naturaliser une hypothèse personnelle, occultant un discernement fin sur la pluralité des vocations ». « C’est un peu "les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus" », ajoute-t-il avec un sourire.

Si la nuance n’est pas son fort, elle la distille néanmoins par petites touches, en appelant notamment à ne pas rejeter en bloc les acquis du féminisme. Elle ne résiste cependant pas longtemps à la tentation de la provocation : « Je suis peut-être réactionnaire, mais je perçois une grande solitude parmi les femmes qui ont décidé d'arrêter d'être dans l'accueil, et également parmi les hommes opprimés par des différences qui semblent reposer sur des points contractuels. » La voie qu’elle prône est le mariage chrétien, qu’elle défend comme « amusant et naturel, [répondant] à nos besoins et à notre soif de bonheur ». En somme, un retour à une société fondée sur le mariage. « Il n'y a rien de plus transgressif et de plus excitant que l'orthodoxie », dit-elle en citant Chesterton.

Revue de presse

L'Homme Nouveau, 10 septembre 2016
"Le féminisme a connu ses heures de gloire mais Gabrielle Cluzel lui prédit une fin toute proche."
Zélie n°12, septembre 2016
Zélie vous recommande le discours d'Ozanam, "Des devoirs littéraires des chrétiens" !
Contrepoints, 3 juillet 2016
"Sous prétexte de libération des femmes, le féminisme a nié la féminité."
 
Le Figaro Magazine, 13-14 mai 2016
"Adieu Simone !", "Une femme contre le féminisme"
L'Homme Nouveau, 29 juin 2016
Éloge appuyé du livre "Épouse-la et meurs pour elle" !
Zélie, mai 2016
Belle recension de l'essai "Adieu Simone !" dans Zélie
 
"Ce soir (ou jamais !)", France 2,11 mars 2016
L'une des co-auteurs de "Nos limites" s'exprime sur les progrès de l'intelligence artificielle.
Association Lire-écrire, 10 février 2016
"La progression, purement logique, parait aujourd'hui originale."